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Orlando Vargas (Orlando Vargas)

Semaine critique - Films en sélection
Uruguay, France / sortie le 22.06.05


CORPS PERDUS
" - Il est parti ?
- Non. Orlando est�
- Ferm� ?
- Non. Il est bless�."
Lumières sur un homme bris�. Le propos est discret. Sans doute trop personnel pour être ouvertement trait�. Juan Pittaluga signe un hommage � son propre père, ancien diplomate décéd� peu de temps après s'être oppos� au putsch de 1973 en Uruguay. Son retour forc� au pays, geste salvateur pour les siens, eut en revanche de terribles conséquences sur un plan personnel. Lorsque l'isolement et l'abandon viennent se greffer aux séquelles du déracinement� Lorsque d'intimes fractures se révèlent solubles via et pour le seul bien être de l'autre. De périlleux sujets, intelligemment abordés par le réalisateur qui privilégie un vecteur esthétique et culturel pour amener son propos.
Point de polémique, ni même de discours politis�. Point d'hyperbole. Juan Pittaluga se veut réserv� ; objectif coûte que coûte, quitte � prendre plus de recul que nécessaire pour peindre sa fresque. A ses décors chargés d'Histoire de nous parler. A leur picturalit� de nous faire vibrer. Une noble intention, ici toutefois très limitative : la dignit� et les blessures de notre héros n'auront d'égal que son étonnant sens du repli. Un homme viscéralement hermétique, peu loquace puisque définitivement bris�. Bonne interprétation d'Aurélien Recoing mais le sujet est bancal, évidemment lest� � coup de sentiments d'usure, renonciation et autre fatalit�. Peu de paroles, peu d'actes : notre héros aussi droit que lisse s'avèrera bien difficile � cerner. Naturellement, le procéd� est volontaire, le film allant jusqu'� composer sur cette inéluctable méconnaissance de l'autre au sein du couple. Ainsi même chacun trouvera son salut par le détachement. Ultime acte d'amour, unique émotion tangible qui, malheureusement, ne prendra corps qu'au terme du film. Un troublant épilogue, tant émouvant (merci Elina Löwensohn) que déroutant. Le procéd� de Pittaluga est facile, freinant (pour ne pas dire occultant) toute émotion plus d'une heure durant pour alimenter un bouquet final inéluctablement contrast�. Poésie, expressions, émotions : tout ce que nous avions attendu est l� � échelle toutefois surdimensionnée. Nous n'attendions pas tant de mélo. Enfin� Voil� tout de même quelques mots et autres explications sur cette histoire de douleurs, séquelles et solutions radicales que nous venons de voir. Juan Pittaluga aura trop mis� sur des fondations construites en catimini. Peu d'action et d'échos traversent son film. Il est ainsi bien difficile de susciter notre imaginaire. Mise en scène et décors se prêtent pourtant au jeu mais ne remplacent pas. Des personnages trop essoufflés, une histoire imprécise : � l'arrivée un film ouvertement fragile.
Sabrina

 

 
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