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Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Danemark


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"Bravo, tu as fait de ta soeur une star du porno"

Anders Morgenthaler a eu raison de défendre bec et ongles son projet d'animé ultra-violent consacré à l'industrie pornographique. Le réalisateur danois propose en effet une alternative réjouissante aux éternels dessins animés de Disney et s'avère un concurrent sérieux de l'animation asiatique. Soit un film brutal, excessif, qui n'hésite pas à mélanger une apologie de la justice personnelle, une critique féroce de l'univers pornographique et une vision au vitriol des verts paradis enfantins. Voir la petite Mia ouvrir la braguette de son oncle à l'heure du bain ou émasculer un salaud à grands coups de barre en fer est une expérience déroutante, émotionnellement chargée, mais finalement supportable. Le sang gicle, les corps sont mutilés, mais le support animé permet de prendre une plus grande distance avec l'horreur visuelle, sans pour autant atténuer la violence psychologique. Le but du réalisateur semble alors atteint, puisqu'il déclenche un questionnement salutaire sur la contamination de la société par la pornographie.

Pour autant, difficile de prendre Anders Morgenthaler pour un puritain obsédé par la purification. En réponse à la situation qu'il dénonce, il ne peut que proposer une surenchère sanglante (et vaine) sous la forme d'une croisade désespérée et totalement désorganisée. La violence pour désamorcer la violence, le combat est bien sûr perdu d'avance, mais il trahit surtout la force du message d'alerte que veut faire passer le réalisateur : agissons avant que la destruction et le sang deviennent les seuls remèdes.

Les choix formels viennent renforcer cette sensation. Le trait est précis, efficace, presque naïf, ne cherchant jamais l'esthétique à tout prix. Chaque personnage est doté d'une caractéristique en adéquation avec son caractère : de grands yeux pour Mia, qui a vu trop de choses dans sa courte vie, d'immenses cernes pour August, empli d'une lassitude insondable, un visage qui semble couler vers le sol pour l'un des méchants... Anders Morgentheler joue de ces détails en multipliant les plans rapprochés, voire les changements de perspective, jusqu'à donner une véritable présence physique au moindre figurant. Les transitions entre animé et scènes jouées par des acteurs se font ainsi sans heurt, quoique n'évitant pas toujours un aspect un peu artificiel, voire gratuit comme dans les séquences finales.

Le rendu n'est pas forcément poétique, ni même esthétique ou réaliste, mais il donne au film son identité propre, à mi-chemin entre la fable sociale et le thriller violent. Son plus grand mérite est sans doute de ne tomber dans aucun des travers propres au genre en soignant à part égale le scénario, la technique d'animation et le dessin en lui-même. Une nouvelle pierre (et de taille) dans le jardin de ceux qui considèrent l'animé comme un sous-genre à peine bon pour les enfants...

MpM



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