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Norway of life (Den Brysomme mannen)

Semaine critique - Films en sélection
Norvège / sortie le 28.03.2007


VILLE FANTOME
"Et si on mettait la baignoire dans la chambre ?"
L'absence de malheur signifie-t-elle systématiquement le bonheur ? En bon ethnologue, Jens Lien invente une sociét� idéale basée sur un équilibre parfait des humeurs : ne connaissant aucune joie trop forte, ses membres ne sont pas soumis � aucune tristesse. Ils évoluent sans haut ni bas, toujours égaux � eux-même, débarrassés définitivement de toutes émotions mortifères. Leurs principales préoccupations se bornent alors � une mondanit� excessive couplée d'une véritable obsession pour le design, la décoration et l'ameublement de leur intérieur.
Dans un monde aseptis� et impersonnel, la nuance du carrelage de la salle de bains est un cas de conscience primordial. Car comme le rappelle un des personnages, certains pensent que la cuisine est la pièce la plus importante, mais en fait, c'est la salle de bains. Dont acte. Fraîchement arriv� dans la ville, Andreas se plie aux coutumes locales... mais � contre-coeur. Il commence par essayer de comprendre comment il est arriv� l� et tente de remonter la filière. A savoir un bus vide qui s'arrête devant une station service au milieu de nulle part avant de disparaître. Ce périple très codifi� qui permet aux nouveaux membres de rejoindre la ville (bus, comit� d'accueil, trajet interminable en voiture) a quelque chose d'inquiétant. Pourquoi tant de précautions ? De quel monde arrivent les habitants ? Comment sont-ils choisis ? Et surtout, surtout, quelle est cette sociét� qu'ils rejoignent ?
Le réalisateur prend bien garde � ne répondre � aucune de ses questions et s'arrange même pour que d'autres surviennent. Plusieurs lectures sont toutefois possibles. Cette ville tout en verticalit�, o� tout est propre et paisible, le bonheur érig� en devise, semble figurer un paradis biblique particulièrement cynique o� le matériel a totalement pris le pas sur le spirituel. Les anges-gardiens du jardin d'Eden sont des hommes en gris au volant de petits espaces.
Mais on peut aussi voir dans Den Brysomme mannen une satire de la sociét� norvégienne (ou scandinave, ou même occidentale) contemporaine. A cause du matérialisme � outrance, bien sûr, mais aussi de la normalisation des goûts, des désirs et des êtres. Il y a aussi l'absence d'enfants, donc d'avenir, et l'impression que l'ancien monde, celui que nous connaissons, est � portée de main... mais inaccessible.
Constat terriblement pessimiste, et inquiétant, que Jens Lien relève d'une grosse dose d'humour noir. Les conversations lénifiantes entre collègues et amants sont ainsi d'une drôlerie mordante et cruelle. Quelques passages clairement gore louchent quant � eux du côt� de la série B : épouvante et mauvais goût garanti. Un cocktail détonnant qui fait de cet Homme dérangeant un film unique, précieux et passionnant.
MpM

 

 
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