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Drama/mex

Semaine critique - Films en sélection
Mexique


AMOURS CHIENNES
« C'est comment, une bouche sexy ?
Instantané du Mexique contemporain. Dans la célèbre ville d'Acapulco, plusieurs personnages se croisent. Ils ne prennent jamais vraiment le temps de s'arrêter ni de se parler. A l'occasion, certains s'étreignent brièvement avant de retomber dans leur solitude que l'on devine insondable. Oh, bien sûr, la jeunesse locale est organisée en bandes, forcément opposées les unes aux autres. Les filles, surtout, se partagent le territoire : elles vendent leurs services contre un peu d'argent ou de boisson : massage, « relaxation », relations orales. Entreprenantes comme des hommes, elles tournent autour des touristes sur la plage jusqu'à ce que l'un d'eux cède à leurs charmes. A Tigrillo, qui vient de les rejoindre, les habituées donnent une unique consigne : surtout, ne pas entrer dans la chambre des clients.
Le cinéma de Gerardo Naranjo porte un vrai souffle. On sent dans sa manière de filmer et de découper son histoire une urgence sèche et brute, la volonté de témoigner coûte que coûte, sans souci de lisibilité ou d'entertainment. Ainsi sa caméra tremble-t-elle, harcèle les corps et les visages, bourdon incessant qui cherche à capter la vérité de chaque être. Au plus près des choses, elle montre la vie tout azimut, ne trie pas les émotions. Comme si en un seul film, le jeune réalisateur voulait déjà tout dire.
Cette radicalité se paye, c'est indéniable. Le film souffre d'emphase, presque de maniérisme. Les personnages restent globalement abscons. On s'ennuie parfois devant une progression dramatique en dents de scie. Même l'absence d'intrigue bien définie a de quoi décourager. Et pourtant, DramaMex est un film passionnant par son côté cinéma-vérité, son esthétique et sa faculté à créer une ambiance presque étouffante d'ennui et d'attente déçue mêlés. Si les personnages échouent dans leurs tentatives de communication, la mise en scène, elle, est d'une excessive limpidité. La caméra isole les êtres, les nimbes de teintes froides et morbides, comme pour exposer au grand jour leurs sentiments intimes. Plus elle est trépidante, plus on perçoit l'impatience qui dévore cette jeunesse vouée au désoeuvrement. Le grain de l'image et la virtuosité de l'ensemble rappellent les débuts d'Alejandro Inarritu, compatriote célèbre de Naranjo... à qui l'on souhaite le même genre de carrière.
MpM

 

 
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