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Friss Lievegö (Fresh air)

Semaine critique - Films en sélection
Hongrie


IL FAUT QUE TU RESPIRES





« Don't let me be misunderstood »

Tous les soirs, Angela ouvre frénétiquement chacune des fenêtres de l'appartement et aère en grand pendant des heures. Les mauvaises odeurs qu'elle combat (celles que ramène sa mère de son travail) sont bien sûr un prétexte. Ce vent de fraîcheur qu'elle fait souffler dans sa vie a en réalité un but caché, presque inconscient : voir s'envoler loin d'elle une réalité morne et sans saveur. Viola, elle, a une stratégie plus en demi-teinte. Ayant compris depuis longtemps qu'elle ne parviendrait plus à changer d'existence, elle se contente de pulvériser du déodorisant d'intérieur à tout va. Masquer au lieu de faire disparaître, voilà le point de dissension entre les deux femmes. Angela, révoltée, en veut à sa mère d'être si résignée et mène contre elle une guerre muette et brutale, faite d'humiliations incessantes.

Pour son premier film, Agnes Kocsis réussit un mélange des genres détonant. Elle éclaire un sujet plutôt plombant avec de multiples incursions du côté du burlesque et de l'humour purement visuel. Ainsi le lieu de travail de Viola, symbole du degré zéro de l'ascension sociale, est-il vivement coloré, décoré de fleurs en plastique rouge et de rouleaux de papier toilette. On y voit Viola s'affairer comme si elle était dans son salon, illusion ténue de confort domestique. Reine des toilettes publiques, elle astique, nettoie, distribue du papier ou passe le temps en écoutant de la musique, le transistor collé à l'oreille. Arrivée chez elle, elle se nettoie le dos avec une brosse assez semblable à celle qu'elle utilise pour les urinoirs et remet ça avec les déodorisants d'intérieur.

La première partie du film, assez contemplative, pose les personnages, leurs tics, leurs aspirations, leurs angoisses. C'est peut-être un peu long, trop didactique. La réalisatrice semble ne pas se lasser de filmer la banalité et le sordide du quotidien. Puis l'action s'enclenche et tous les morceaux du puzzle se réajustent comme par miracle. L'ironie des situations devient tragique. Le rouleau compresseur du destin est en route, implacable.

En dépit de son sujet éminemment ancré dans la réalité sociale contemporaine, Agnes Kocsis a choisi d�adopter un ton résolument éloigné du reportage. La caméra, peu mobile, cadre systématiquement les personnes dans leur contexte, de loin, comme pour ne pas les effaroucher. La rigueur et la simplicité de cette mise en scène permettent d�introduire des éléments incongrus (le poulet qui a peur de la lumière, l�usage du désodorisant d�intérieur comme arme défensive�) ainsi qu�une distance entre les personnages et le spectateur. L�élégance des plans fixes neutralise par ailleurs toute tentation misérabiliste. La jeune réalisatrice hongroise n�a que faire de s�apitoyer sur le sort des protagonistes. Par contre, toutes les armes (humour, émotion, sentiment de révolte, etc.) sont bonnes pour secouer les consciences.

MpM



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