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festival-cannes.com

 

Day Night, Day Night

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
USA / sortie le 28.03.2007


UNE FEMME SOUS INFLUENCE





"Je veux que ma mort m'appartienne"

Silhouette indistincte dans un bus, la jeune fille psalmodie une dr�le de comptine sur les diff�rentes mani�res de mourir. Morts violentes, douloureuses, accidentelles. Sa voix n'est qu'un murmure obs�dant, un souffle sur le point de s'�teindre.

La cam�ra la suit, riv�e � sa nuque, dans une sorte de hall de gare. Inexplicablement, la tension monte. Puis soudainement, alors que l'on ne s'y attendait plus, elle se retourne et plante son regard gris bleu dans celui du spectateur. Qui retient son souffle.

La s�cheresse formelle de Day Night, Day night, au cours des trois premiers quart d'heure, est suffocante : plans rapproch�s sur des points de d�tail (objets, corps), cadrages qui semblent ratatiner les personnages, absence de musique et de dialogue, mouvements r�duits paraissant ceux d'un fauve en cage� L'attente, insupportable, est dans chaque image, magnifi�e et gla�ante � la fois. A d�faut d'action, Julia Loktev travaille sur les sons quotidiens : le frottement du savon sur le corps, celui du rasoir m�canique sur la peau ou encore du tissu que l'on lave. Ils nous parviennent amplifi�s, d�form�s et comme recouvrant tout le reste. Car du monde ext�rieur, rien ne parvient. L'inconnu qui accompagne la jeune femme ferme herm�tiquement les volets et masque consciencieusement la clart� du jour. Plus tard, comme si ce confinement ne suffisait pas, on lui demande de porter un bandeau sur les yeux et de s'enfermer dans la salle de bains borgne. C'est l�, d'ailleurs, qu'elle passe la majeure partie de ces s�quences �touffantes.

De l'attente � l'action
La r�alisatrice joue de cette atmosph�re de huis clos et la fait durer presque au-del� du supportable sans offrir le moindre �l�ment nouveau auquel se raccrocher. Des hommes viennent, mais ils sont masqu�s. Ils parlent � la jeune femme, mais ne divulguent aucune information. Elle-m�me tente de communiquer avec eux, mais sur des sujets futiles. Il ne faut pas compter sur Julia Loktev pour se r�pandre en explications. Seule l'int�resse son �trange h�ro�ne, dont pourtant elle ne livre aucune clef. Elle se contente de filmer son visage empli de ferveur, la douceur avec laquelle elle r�pond au t�l�phone, l'oubli d'elle-m�me quand elle ob�it aux ordres de ses compagnons. La cam�ra met � nu le moindre de ses traits, son regard, sa bouche, l'ovale de son menton, le velout� de sa peau, sans lui �ter une once de myst�re. Cela tient bien s�r � l'extraordinaire abandon de Luisa Williams (dont c'est le premier r�le � l'�cran) qui, bien qu'�tant de tous les plans, surprenne � chaque sc�ne en semblant �tre une autre. Plus on la voit, plus elle demeure insaisissable. Sans son charisme, il n'y aurait pas de film.

Parfois, une tension trop forte retombe comme un souffl�. Pas ici. Julia Loktev dose si pr�cis�ment le malaise et la sensation d'oppression que tout est pr�texte � angoisse : les s�quences d'entra�nement o� la v�rit� se fait peu � peu jour, les instructions r�cit�es m�caniquement, les s�quences qui se r�p�tent� Chaque �l�ment converge vers la rupture finale, le basculement ultime, celui qui fait passer de l'attente � l'action. Dans une troisi�me partie � peine moins ma�tris�e, Day Night, Day Night suit en effet sa myst�rieuse h�ro�ne dans les rues de New York, cette fois-ci livr�e � elle-m�me, avec une mission bien pr�cise � accomplir. Tout � coup, c'est un d�ferlement de sons (klaxons, moteurs, cris�), de couleurs (plus vives que les teintes froides et bleut�es du d�but), on serait m�me tent� de dire : d'odeurs. La jeune fille d�ambule au milieu de la foule, mange une pomme d'amour, un g�teau au chocolat, regarde effar�e autour d'elle, titube. Le spectateur est pris avec elle dans cette ivresse sonore et visuelle et pourtant la tension est toujours l�, insoutenable. La r�alisatrice filme les tergiversations, le passage � l'acte, l'affolement, la solitude avec la m�me pr�cision que l'attente et la passivit�.

Peut-�tre son intrigue se fait-elle un peu trop d�monstrative, mais sur un sujet aussi douloureux et complexe (le terrorisme), elle �vite tant d'�cueils et de clich�s qu'on lui pardonne ce semblant de symbolisme. Le portrait t�nu qu'elle dresse de son h�ro�ne touche � l'essentiel : la conviction compte plus que la cause, l'acte est plus important que son moteur. Day night, day night ne se veut pas une �uvre politique ancr�e dans un contexte particulier mais juste l'expression d'un destin personnel confront� � des choix universels.

Mpm



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