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Garage

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Irlande / sortie le 09.01.2007


L’EIRE DE RIEN
«- Tu vois du pays au moins.
- Les routes sont les mêmes partout.
- Et des femmes.
- Toutes les mêmes aussi. »
Le film ne quitte pas des yeux un simple d’esprit qui voit la vie en rose malgré toutes les palettes de gris et de noirceur. La bonté même que ce Josie. Il baigne dans cette petite vie rurale où les rêves sont étriqués, où les gens sont « à moitié pourris » parce qu’en voie d’extinction. Pourtant, Garage est un poème sur ce monde en perdition... Le temps s’étire, rendant le film assez lent, jamais ennuyeux. Le cinéaste a voulu calquer son film sur le rythme de ce village, où il ne se passe pas grand-chose. Il faudra bien un élément extérieur, étranger pour venir perturber la routine de cette histoire. Contempler une nature magnifiée voire admirée (un ciel, un cheval, une rivière) ne suffit pas à nous échapper d’une réalité jamais enjolivée, plutôt sordide, terne et même triste. Jusqu’à la voie de chemin de fer désaffectée. Lieu de transit, le bled possède quand même son pub, pour les quatre pékins fidèles. Même le cadre laisse toujours Josie un peu perdu dans son espace.
S’il n’y avait la tendresse du film pour ce personnage touchant, le pessimisme ambiant nous plomberait. Car, malgré les moqueries (ou la stupidité), il n’y a aucun mépris pour cet « idiot du village ». Interprété par Pat Shortt, tout semble minutieusement étudié : du slip pas très propre à sa façon singulière de verser le Fanta. La pauvreté de son esprit n’est assurément pas stimulée par la bêtise crasse ambiante : les villageois n’ont rien à dire, ni à échanger. Il est peut-être idiot, mais les autres sont vides, et parfois méchants.
L’empathie éprouvée pour cet homme va progresser au fré de ses rencontres secondaires. Lui ne modifie en rien son comportement quelque soit les situations. Pourtant l’affection de Carmel, l’amitié de David, les pleurs du vieil homme dépressif, vont instiller le doute, la mélancolie dans son état d’esprit. Le « je » de Josie existe désormais grâce au « toi ». Il n’en a pas conscience, mais il a ce sentiment, cette peur de les perdre. Ca si ses limites intellectuelles ne le gênent pas, les perspectives limitées de ses congénères vont l’affecter. Jusqu’à cet ingrédient extérieur, une vidéo porno, qui va tout gâcher. Le film prend alors son dernier virage, subtilement. La caméra regarde le crépuscule. La musique s’invite. Le drame, sans ostentation, peut prendre place pour sceller le destin de notre garagiste, troublé par ces gens qui partagent ses "moments" intimes (une bière, une danse). Mais Josie, perturbé, perd ses moyens, ne comprend plus rien. Le garage était son confort, il se transforme en prison. Psychologiquement fin, le film, jamais bouleversé par les incidents, immuable comme son héros, poursuit sa voie vers deux écrans noirs. Deux petites ponctuations pour nous faire comprendre l’indicible. L’œuvre est pudique de bout en bout. Le silence peut en dire que le flot de paroles. Et même l’épure des dialogues suffit à expliquer ce qu’on l’on savait : «You’re pure soft, Josie ». Farewell.
v.

 

 
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