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Lake Tahoe

Semaine critique - Séances spéciales
Mexique / sortie le 16.07.2008


A MECANIQUE DES SENTIMENTS
(Vu au Festival de Berlin 2008). A prime abord, Lake Tahoe se veut plus formaliste que profond. La fascination du cinéaste pour ses propres plans, au demeurant saisissants inciterait même à l’accuser de complaisance esthétique. Des plans quasiment photographiques (accentués par ces nombreux cartons noirs répétitifs qui entrecoupent les séquences) où seuls les êtres vivants bougent, et surtout le chien. Car même la voiture est immobile, crashée en bord de route. La voiture d’un père mort qui refuse d’avancer et oblige le fils à rencontrer différentes personnes, qui l’aideront à grandir. Cependant, Lake Tahoe ne reste pas en surface des événements qui surviennent au fil des personnages que l’on croise. Inattendu et expérimental, ce film nous montre, et surtout ce qu’il ne montre pas, révèle un Mexique désolé, débrouillard, défragmenté. Etrange de filmer une ville balnéaire du Yucatan, sorte de Costa del Sol mexicaine, sans jamais voir n touriste ou même l’océan. Ici, les rapports humains, des duos qui se succèdent, sont « taiseux », et leur conduite, parfois, absurdes. Ils attendent tous quelque chose sachant que rien n’arrive. Tous espèrent beaucoup du contact humain qui survient avec ce jeune homme qui cherche à réparer sa voiture. Ils attendent un déclic. N’ont rien à déclencher. Il y a comme une folie qui s’empare de cette ville paresseuse, de cette famille endeuillée. Juan, piégé par son pépin mécanique, s’enivre alors de cette errance libre qui lui fera s’attacher à un chien, faire l’amour à une jeune fille, découvrir Bruce Lee, comprendre son rôle dans sa famille, amputée du paternel. Il passe son temps à fuir sa mère absente et son frère agaçant, pour mieux y revenir et remplacer le père. Initiation à travers des figures symboliques. Avec peu de dialogues, une action économe et des situations très réalistes, le film intime, presque tendre, de Fernando Eimbecke cherche à se donner un sens. Et si la cocasserie ne parvient pas toujours à faire son effet, la distorsion du temps est, elle, très bien rendue. Cela en fait une œuvre sensorielle, hypnotisante ou énervante. On retiendra surtout, en ces temps d’images frénétiques, la manière subtile avec laquelle le cinéaste nous captive avec l’indolence des plans. Mais sans le charme et la candeur de son adolescent, Lake Tahoe, malgré tous ses beaux cadrages, n’aurait certainement pas séduit autant.
vincy

 

 
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