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Coco avant Chanel

 

Coco Chanel & Igor Stravinsky (Coco & Igor)

Sélection officielle - Fermeture
France / projeté le 24.05.2009


LA LECON DE PIANO





«- Trop sucré. Trop vinaigré.»

Coco Chanel sous toutes ses coutures. Le cinéma ose explorer un peu plus la vie de Mademoiselle. Après Coco avant Chanel, voici Coco & Igor… Chronologiquement, dans le calendrier cinématographique comme dans le déroulement historique, les deux se suivent. Artistiquement, ils n’ont rien à voir. Sans doute Kounen a-t-il été le plus Rolex Deepsea réplique. On a, ici même, souligné les défauts du film d’Anne Fontaine, qui se perdait dans une forme d’errance sans palpitations. Cela restait une œuvre pleine de charme, transportée par l’identification d’Audrey Tautou pour le personnage.

Kounen a, lui aussi, voulu sortir du biopic classique, au point de le rendre d’ailleurs confus. Il y a dans ce cinéaste mésestimé une volonté farouche de casser les codes, à l’instar de son Blueberry pour le Western ou de Dobermann pour le polar. Mais à chaque fois, il manque du souffle pour oxygéner des scripts souvent un peu bancals. En cela, 99 FF était presqu’une exception, malgré ses facilités.
Car Coco & Igor n’est peut-être que l’identification d’un réalisateur pour ce créateur anticonformiste qu’était Stravinsky. En faisant débuter son film par un scandale, on ne peut voir qu’un parallèle avec sa replique Rolex montre, quand Kounen se faisait insulter par la critique parisienne. Comme à l’accoutumée, il se sert du Sacre du printemps pour illustrer une transe et se moquer du conservatisme. « Ils vont être secoués».

Voilà le hic. Nous voulions être bousculés et nous serons énormément désappointés. Ces années folles vont se révéler bien sage. Le scénario s’avère lisse, linéaire et traditionnelle, ponctué par le making of sans intérêt d’un parfum mythique. Chanel est toujours aussi intraitable en affaires et généreuses en dons. Hélas, Mouglalis, très juste dans la dureté, ne parvient jamais à s’adoucir lors des passages plus mélo. Elle souffre évidemment de la comparaison avec Tautou.
Mouglalis est trop vénéneuse, trop belle, trop dame. La caméra appuie trop les émotions, s’enivre en étant fébrile à en donner le tournis. Si le film est plus « sexe » que celui de Fontaine, il lui manque une tonalité romanesque.
D’ailleurs, Coco & Igor ne sait pas très bien ce qu’il est. Thriller amoureux sur fond de musique hitchockienne ou document scénarisé sur une passion stérile ?

Le film trouble incontestablement, laissant le spectateur en plan. Le couple est génial, mais franchement peu sympathique. Durant la dernière heure, il ne se passe plus grand-chose. Long tunnel où le vide des existences remplit péniblement le script. On ne verra rien des triomphes annoncés, Le sacre de l’un, le costume pour femmes de l’autre. On zappe et on arrive à leur mort. Comme si les amants, réunis dans le deuil, étaient éternels.
Mais le spectateur lui n’a rien vu, n’a rien compris, laissé en marge d’une histoire trop distante, dont il ignore les ressorts. Oeuvre pour avertis, elle n’éclaire jamais le mystère d’une liaison entre deux grands créateurs de leur temps.
Kounen n’en ignorait rien. Il a le goût de l’abstraction, qui se conjugue bien mal avec les romances compliquées.

vincy



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