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Demain dès l'aube

Certain Regard
France / sortie le 12.08.2009


JEU DE RALES





"Personne ne doit savoir que nous sommes des hommes de l’Empereur !"

Comme le poème de Victor Hugo auquel il emprunte son titre, Demain dès l’aube est un voyage initiatique plein de faux semblants où la frontière entre fantasme et réalité s’estompe peu à peu. Cela est induit par la forme-même du film : d’abord on se croit dans une reconstitution historique, puis on pense que l’on va partir au Japon avec le personnage principal. Et finalement, c’est dans l’imaginaire et la folie que l’on voyage. D’où ce trouble grandissant qui envahit toutes les strates du film : la musique, sans cesse accompagnée par un battement de tambour qui évoque les campagnes militaires reconstituées lors des jeux de rôle, la mise en scène, qui donne l’impression que quelqu’un observe les personnages, les personnages eux-mêmes, de plus en plus prisonniers de leur cauchemar. Au fur et à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’ambiance devient plus anxiogène, véhiculant une tension qui n’a pas lieu d’être, et qui pourtant est terriblement palpable. Chaque regard, chaque inflexion de phrase, chaque geste paraît dissimuler une menace, ou pire encore.

Denis Dercourt capte avec finesse le basculement entre une réalité morne et un univers de fantasme qui permet de s’inventer une existence flamboyante et joyeuse. Il entraîne ses personnages assez loin aux frontières de la folie, filmant avec rigueur et intelligence le piège qui se referme inexorablement sur eux. Grâce à cette écriture subtile qui va droit à l’essentiel, il livre un film extrêmement épuré, d’une étonnante sécheresse émotionnelle et surtout d’une impressionnante densité. Au-delà du monde particulier des jeux de rôle, le cinéaste décrit avec précision le mécanisme qui préside à tout embrigadement. On pense alors au monde sectaire et aux armées de fanatiques prêtes à tout pour donner vie à leur idéal. D’où le sentiment de malaise qui ne quitte pas le spectateur, horrifié par la facilité apparente avec laquelle les différents protagonistes abdiquent toute volonté propre. A mi-chemin entre le thriller en costumes et le cauchemar contemporain, Demain dès l’aube est une illustration très juste du désir d’évasion qui anime de plus en plus les sociétés occidentalisées. Ce que dénonce en filigrane le cinéaste, ce ne sont pas tant les jeux de rôle (un passe-temps comme un autre) que les dérives d’un système qui contraint les individus à chercher dans l’oubli d’eux-mêmes une existence devenue vaine et sans panache.

MpM



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