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La famille Wolberg

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Belgique / sortie le 02.12.2009


LES JOIES DE LA FAMILLE





"- Papa dit que les bohèmes planent, qu’ils ne sont pas du bon côté de la vie.
- Mais qu’est-ce que c’est, le bon côté de la vie ?
"

Qu’est-ce que la famille ? Une structure fixe contre vents et marées, où l’on peut tout dire et tout entendre ? Ou au contraire une formation mouvante et insaisissable où le secret et la dissimulation sont la règle ? Sans doute tout cela, et bien d’autres choses à la fois, à l’image de ce film-somme que l’on ne parvient jamais vraiment à appréhender dans sa globalité.

Tout en ruptures de ton, en contradictions, en absurdité et en mélancolie, La famille Wolberg dresse un portrait morcelé et, par moments, féroce, de Simon Wolberg, mari paumé, père tout puissant, homme insupportable et touchant, qui donne l’impulsion au reste de la cellule familiale. Autour s’articulent les autres membres de la famille, qui tous se définissent par rapport à lui : épouse, fille ou fils, père… Malgré cela, inlassablement, Simon cherche à définir et tester les liens qui le relient à ces individus dont il a peur d’être un jour séparés. Ce faisant, il agace tout le monde et prend le risque de voir ces précieux liens se détendre, se relâcher et qui sait ? disparaître.

Cette figure de patriarche terrible et superbe (qui veille autant sur ses enfants que sur ses concitoyens, puisqu’il est le maire de la commune) se double symboliquement de son parfait opposé, Alexandre, beau-frère sans attache et sans a priori qui traverse le monde au gré de ses envies, sa guitare à la main, une femme dans chaque port et aucune famille à l’horizon. Entre les deux hommes, bien sûr, la méfiance et l’incompréhension sont épidermiques. Comme si Alexandre, pur électron libre, était une remise en cause vivante du système érigé par Simon. Pourtant, entre eux, rien d'aussi clair n'est jamais évoqué.

Là où l’approche d’Axelle Ropert est originale, c’est qu’elle ne cherche jamais à plaire ou à être aimable. Ses personnages ont tous leurs zones d’ombres et une brusquerie qui les rend a priori peu attachants. En outre, leur histoire oscille entre banalité (comment laisser ses enfants quitter le domicile parental) et drame outrancier ou mélodramatique (la confrontation avec "l’homme blond" — Jocelyn Quivrin dans l’un de ses derniers rôles —, la maladie, les engueulades…) Pourtant on se laisse emporter par ces dialogues très écrits, cette flamboyance étudiée, cette âpreté de façade.

Ce que vivent les différents personnages, les épreuves qu’ils traversent, les questions qu’ils se posent, tout évoque chez le spectateur un refrain bien connu que chacun réorchestre continuellement à sa manière : comment vivre en famille, comment se quitter et comment mener à bien sa propre existence. Un propos éminemment intime qui, fatalement, confine à l’universel.

MpM



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