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Mardi après Noël (Marti, Dupa Craciun)

Certain Regard
/ sortie le 08.12.2010


COMPTES DE NOEL
"Je vais demander au père Noël un homme avec plus de volonté"
Mardi après Noël s'ouvre sur un long échange entre un homme et une femme nus dans un lit. Mari et femme ? Amants ? Inconnus qui viennent de se rencontrer ? Le dialogue est quotidien, presque trivial, délivrant de rares bribes d'information sur les personnages. Il faudra un moment pour comprendre où ces deux-là vont nous mener... Exactement comme si le réalisateur avait planté sa caméra dans la chambre à coucher d'un couple pris au hasard et laissait tourner sans savoir ce qui allait se passer.
Cette seule séquence concentre les trois principales caractéristiques du nouveau film de Radu Munteanu : une mise en scène épurée, souvent constituée de plans fixes et de séquences longues, qui donne l'impression de vouloir capter le monde d'un regard neutre et extérieur ; une intrigue étonnamment ténue et quotidienne (un homme contraint de choisir entre deux femmes) ; un scénario qui, en l’absence de tout rebondissement spectaculaire, parvient à nous surprendre à chaque séquence, parce qu’il donne toujours l’impression de capter la vie plutôt que de l’imiter.
Le film s’avère ainsi une sorte d’ovni narratif, avec ce qu’il peut avoir de rébarbatif (en se privant de la facilité du mélodrame et des éclats, le réalisateur réduit son intrigue à une succession de dialogues efficaces mais peu spectaculaires) et de déconcertant. Certains spectateurs ne trouvent en effet aucun intérêt à voir sur grand écran, en moins exaltant, ce qu’ils pourraient vivre dans la réalité. Et c’est vrai que le film s’étire, jouant sur la dilatation du temps et la perception faussée des durées. Le récit s’installe ainsi par toutes petites touches, longue scène après longue scène, sans précipitation ni raccourci. Il faut accepter d'adopter ce rythme lent et parcimonieux qui reflète la manière dont s’agencent nos propres vies pour en apprécier l’immense liberté. En effet, tout reste toujours possible jusqu’à la fin (ouverte) du film. Paul peut quitter sa femme, quitter sa maîtresse, inventer un nouveau ménage à trois… ou partir à l’autre bout du monde pour refaire sa vie. Paradoxalement, malgré sa banalité, l’intrigue n’est pas formatée, et chaque situation sonne excessivement juste, des courses de Noël à l’annonce de l’adultère, en passant par les retrouvailles le soir du réveillon.
De cette justesse naît une véritable proximité entre le spectateur et les personnages, une envie de se projeter dans leur intimité sans se sentir caricaturé ou tourné en dérision. Au contraire, Radu Munteanu insuffle aux rapports humains une authenticité toujours respectueuse des sujets et de leurs émotions. Avec ce cinéma de l’intime, il s’inscrit dans une certaine veine du cinéma roumain (lien vers blog) qui semble s’être fixé pour mission de capter la réalité sans fard, un peu comme une énième et réjouissante nouvelle Nouvelle Vague.
MpM

 

 
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