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Armadillo

Semaine critique - Films en sélection
/ sortie le 15.12.2010


TERRAIN MIN�





�- Comme au foot, on apprend de vraies choses � l’entraînement, et le match � jouer, c’est la guerre.�

On parle de journaliste embarqu� quand la presse suit, avec autorisation, l’armée dans ses manœuvres et opérations. Armadillo est donc un documentaire embarqu�. Documentaire n’est d’ailleurs pas la meilleure définition de ce film qui a toutes les allures de la fiction : effets visuels, bombes qui explosent, balles qui fusent, musique soulignant l’émotion ou les doutes, montage serr�, couleurs étudiées (sépia, sable, vert, comme un uniforme militaire)� Même les plans de coupe semblent mis en scène pour nous raconter une histoire, une psychologie. Les plans sont secs. L’image n’est jamais fixe.
En reprenant les codes d’un film de guerre (Démineurs, Beaufort), il se dévie lentement vers un objet hybride. Il n’y a pas de message, de discours autre que les paroles de soldat. C’est un six mois chrono dans l’unit� des Hussards danois. Pourtant, ce qui est dit est encore plus terrible. Dès les premières minutes, les militaires afghans sont accueillis sur la base d’Armadillo en Afghanistan. � Quel enjeu pour nous Danois ? Autant de questions que vous pouvez poser. � On devine que la réponse est � aucun � si ce n’est le dévouement � un décision gouvernementale. On va s’apercevoir aussi que l’enjeu est immense : se faire accepter des populations locales, pour gagner leur confiance.

En se concentrant sur cinq des soldats de l’unit�, le film, l� encore, cherche un axe cinématographique plus qu’exhaustif. La subjectivit� s’invite dans un regard a priori neutre, observateur. Ce regard existe. Il n’y a aucune complaisance. Ces mâles armés occupent leurs loisirs � boire de la bière, mater des films pornos, fumer des clopes, faire de la gonflette, tuer sur des jeux vidéos. Rien de surprenant, mais un nihilisme effrayant. De la même manière, lorsque les villageois sont au cœur de la scène, pour des complaintes ou dialogues révélant un peu plus l’impuissance et l’incompréhension des Occidentaux, il n’y a aucun jugement. Le spectateur fait le travail, l’interprète � sa façon, avec compassion.
Les deux camps sont aliénés, tétanisés intérieurement par la peur de mourir, piégés par une bande de Talibans qui tiraille sur les uns et menacent les autres. Pour les Afghans la collaboration est impossible avec une am� d’occupants, provisoire. � Les Talibans restent et les tueront � dit l’un des hommes du village � propos de personnes qui seraient complices avec les Occidentaux.
Car les cultivateurs de bl� et de pavots ne semblent toujours pas convaincus par ces héros / bienfaiteurs. Victimes collatérales de la guerre, les Afghans offrent une humanit� bienvenue dans ce film aussi déshumanis� qu’un jeu vidéo. Dès qu’ils apparaissent, nous reprenons notre respiration. Tout le monde est � découvert mais eux dénudent le nœud du problème. � Ce sont les civils qu’on tue �, � les gens se battent parce qu’ils sont pauvres �. Il y a comme une part d’un scénario écrit d’avance. � Ce pays est exsangue. �

Et tout le monde a peur. Il y a de quoi. Les uns et les autres comptent leurs pertes. Perdent espoir. Cela devient le contraire d’un film hollywoodien. La chronique d’une défaite annoncée. O� les villageois n’ont plus foi en qui que ce soit. O� les militaires n’assument pas leurs actes barbares, sauf si on leur fout un placebo de flatterie dans le cerveau. Ou une piqûre de rappel extérieure qui les fait prendre conscience de leur rôle, en zone de non droit, o� état de survie.
Entre relâchement nécessaire et tension interminable, le documentaire nous happe. Mais le dernier quart d’heure ne tient pas toutes ses promesses. Le délitement des relations, l’absence d’objectif, bref tout ce qui fait l’originalit� de ce film, se retourne contre lui. Sans message, sans explication extérieure, il nous laisse un peu abandonn�. Que voulait-on nous montrer, nous dire ? Pourquoi l’un des cinq soldats abandonne les champs de bataille et pourquoi les quatre autres veulent-ils revenir ?
Pour peu qu’on soit inform�, nous n’apprenons rien au niveau politique,
stratégique. Contrairement � la plupart des films du genre, il ne critique pas la guerre. Même le portrait de soldats n’a rien de spécifique.
Armadillo, en fait, nous laisse tous � découvert, sans savoir quand le ciel va nous tomber sur la tête. Et pointe l’animal qui est en nous : celui qui se terre dans ses grottes, celui qui migre pour fuir la catastrophe, celui qui se bat parce qu’il n’a rien � perdre. Cette œuvre puissante et discrète, bluffante et froide, décortique notre propre capacit� � nous déshumaniser.

vincy



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