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Bonsaï (Bonsái)

Certain Regard
Chili / sortie le 09.11.2011


DU CÔTÉ DE CHEZ JULIO





«- J’ai beau boire, je ne suis toujours pas bourrée.
- Peut-être parce que tu bois de la bière sans alcool.
»

L’un meurt, l’autre pas. L’un ment, l’autre pas. Bonsaï c’est un peu à la recherche du temps qui se perd et va être perdu. Ou à la recherche de son propre nombril. Empreint de littérature française, ce film chilien est une version consciencieuse et fragmentée de L’écume des jours. Un couple qui voit son amour se rétrécir au fil des années. Avec des allers et retours dans le temps, la relation devient un élastique qu’on tend et qu’on détend. Cette chronique générationnelle romantique se cherche autant que ses personnages.
Une jeunesse étudiante, entre lectures et séances de baise, où l’initiation sexuelle et l’apprentissage de l’écriture font finalement mauvais ménage. Le mec est « au fond un pauvre type au cœur brisé », perdu dans ses idéaux. Illusions perdues. Grâce à un montage habile et une musique séduisante, le film, entre exercice de style qui veut plaire et scénario qui s’enchevêtre, essaie d’être complexe mais ne prouve jamais l’utilité de ce dédale narratif.

Certes, l’image est élégante, la mise en scène souffre de peu de défauts et les rouages sont subtils. Ecrasé par les références littéraires, le cinéaste ne s’autorise pas à user d’humour pour mettre du liant. Pourtant, les rares piques de dérision font mouche… L'ironie et le pessimisme se marient bien. En étant parfois un peu complaisant, se sachant sans aucun doute doué, Cristián Jiménez oublie de rester constant, malgré un découpage sans heurts.Il y a parfois des coups de mous, un manque de colonne vertébrale et de chair.
Il reste cependant le portrait d’un « loser ». Un homme intelligent, mais qui manque de confiance, qui manque d’instinct pour se dépasser. Cette vie qu’il passe à rater est un film en soi. Cette vie dont il n'a pas pris assez soin, comme on prend soin d'un bonsai : ni son aspiration littéraire, ni sa relation amoureuse. Ce n’est rien d’autre que l’adaptation d’une biographie fictive qui est mise en scène sous nos yeux. Julio se réveille trop tard. Mais lui ne meurt pas. Et cela ouvre le champ des possibles… Le roman de sa vie n’est pas finit, mais comment imaginer la suite, sans sa muse ? Il n'est pas surprenant de voir l'acteur principal s'effacer au fil du film, tant il n'existe plus dans cette histoire, au profit de sa partenaire féminine, qui elle prend l'ascendant.
Le film est à l'image de ce parcours déclinant, éclairé par intermittence, et de ses deux comédiens, qui rend hommage à celle qui n'a pas raté sa vie...

Vincy



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