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L'Après-midi de Monsieur Andesmas (L'Après-midi de Monsieur Andesmas)

Semaine critique - Séances spéciales
France / projeté le 13 mai 2004 / sortie le 14 juillet 2004


Un après-midi entier dans les arbres
«L’après-midi est déjà bien avancé »
Le film de Michelle Porte ne parle que d’une chose. C’est de l’amour dévorant qui occulte tout le reste. Le vieil homme qu’interprète Michel Bouquet (excellent) est empli de l’amour qu’il a pour sa fille Valérie. Parvenu à ce stade de la vie, il a presque renoncé à tout pour se consacrer exclusivement à sa progéniture. Celle-ci est devenue le centre de ses pensées, de sa parole et de sa vie. Il affiche en permanence un sourire d’homme serein parfaitement comblé par l’amour unique qu’il éprouve et qui suffit à son bonheur.
Cet amour si grand, dans la mesure où rien n’existe en dehors de lui, débouche sur une chose effroyable : le vide. Et c’est malheureusement ce vide qui emplit le film tout entier. Seule la parole existe et cette parole est creuse. Parce que le roman de Marguerite Duras n’est certainement pas le plus facile à adapter au cinéma, ni le plus approprié. Certes, le sujet de l’amour absolu d’un père parvenu au quasi terme de sa vie et de la rencontre de deux êtres autour d’une passion dont ils sont finalement exclus, peut être un thème riche et fertile. Mais le propos tourne court et la poésie de Duras est ici quasiment invisible. Comme le fameux Michel Arc que l’on cite moult fois sans jamais le voir à l’écran, la profondeur des dits de l’écrivain est un peu l’Arlésienne de L’Après-midi de Monsieur Andesmas. Il y a bien quelques réflexions qui trouvent écho dans la pensée de l’auteur (sur l’amour ou encore la vacuité des choses), mais elles sont rares. La plupart des dialogues fleurent la banalité, notamment pendant la première demie-heure, et le film tout entier tourne finalement en rond autour de pas grand chose. La mise en scène, épurée à l’extrême (elle a même un petit air de celle d’Ouvriers et Paysans du tandem Huillet-Straub), ne parvient pas à adoucir ce sentiment.
Côté comédiens, Miou-Miou semble mal à l’aise avec un texte figé. Surtout au début, elle fait montre d’une gravité empruntée et d’un ton solennel qui, associé au texte énoncé, irrite. Michel Bouquet, peut-être parce qu’il est plus aguerri au théâtre, s’en sort beaucoup mieux et parvient à tirer son épingle du jeu dans un texte et une mise en scène arides. Parce que, avouons-le, L’Après-midi de Monsieur Andesmas est aride. Et la transposition au cinéma des sentiments évoqués dans le roman de Marguerite Duras demeure un exercice extrêmement périlleux…
Laurence

 

 
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