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festival-cannes.com
Karnaval
Bernard Giraudeau
Karin Viard

 

Je suis un assassin (Je suis un assassin)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
France / sortie le 4 août 2004


Psychopathie galopante




« Vous êtes chez Brice Kantor. Inutile de laisser un message. »

Le second film de Thomas Vincent est très différent du premier. Autant Karnaval était brut, chaotique et fougueux, autant Je suis un assassin est raffiné, ordonné et contenu. Bref, il en est quasiment l’antithèse. Le réalisateur expérimente donc un autre genre et nous donne à voir un film étonnant, notamment de par sa construction. Au fur et à mesure que le film progresse, on change de registre. Ou plutôt : le véritable esprit du film se dévoile petit à petit, par petites touches. Au début, on est dans une réalité tout à fait tangible : un écrivain en mal d’inspiration propose à un ancien ami d’écrire à sa place. Il le propose très rapidement, mais bon. Soit. Quelques instants après, il lui fait une nouvelle proposition : éliminer sa femme afin qu’ils puissent se partager les droits d’auteur en deux et non en trois. En une poignée de minutes, il a donc la possibilité de passer de l’état d’écrivain raté (comme le dit Lucie) à celui de nègre et de tueur. Mazette. On est alors surpris par la vitesse d’acceptation et de passage à l’acte. Ben tue Lucie et l’on en parle plus. Enfin presque. Le point de départ du film est franchi et la vraie histoire de Je suis un assassin peut commencer. Parce que le sujet du film n’est point cet assassinat sanglant (rassurez-vous, nulle violence dans les images), mais plutôt tout ce qui va en découler. Chacun à sa manière va être touché par le crime.

Ben Castelino (le toujours très bon François Cluzet) commet le crime et pourtant, il est celui qui garde une véritable conscience des faits et un solide équilibre. Chez Suzy au contraire, le meurtre de Lucie fait effet de déclencheur. L’idée qu’elle encourage au départ n’est que de l’ordre du fantasme. Une fois celui-ci commis, elle est brusquement projetée dans une réalité violente qui la dépasse et par laquelle elle va totalement se laisser engloutir. Elle y met une dimension sexuelle qui altère profondément sa personnalité et donc, ses paroles et ses actes. Peu à peu, elle devient autre et adopte un comportement qui renvoie à la folie.
Côté folie, la palme revient allègrement au personnage de Brice Kantor. Dès le début, on s’aperçoit qu’il va loin (proposer d’emblée à quelqu’un qu’il n’a pas vu depuis longtemps de tuer sa femme) et l’on met cela sur le compte de la célébrité et du sentiment de vacuité qui en découle parfois. Le bonhomme nous paraît malgré tout sain d’esprit et on le soupçonne de jouer avec les gens (Une affaire de goût, vous vous souvenez ?). Peu à peu, comme chez Suzy, la cohérence mentale sombre dans le chaos. Et la subtilité de Bernard Giraudeau est parfaite et ne cesse de nous étonner tant son jeu est brillant.

Thomas Vincent excelle à construire l’évolution de la folie chez ces deux personnages dont les personnalités finalement se répondent. L’altérité des comportements se devine très doucement pour se développer au galop et conduire à son apogée finale. A chaque instant, on ne sait pas où le film va nous emmener. La psychopathie semble en passe d’éclater à tout moment et tire le film vers quelque chose d’absurde, d’étonnant, de drôle. Je suis un assassin manie avec élégance le thriller et la drôlerie. Plutôt jubilatoire.

Laurence



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