Jeanne au bûcher des vanités
L’affiche officielle du 61e Festival de Cannes est d’une beauté glacée, dérangeante, ensorcelante, une vraie beauté de cinéma. Ou plutôt une icône de cinéaste puisque cette création de Pierre Collier rend un hommage vibrant à David Lynch (voir exposition The Air on Fire).
Ce portrait sibyllin d’actrice, avec ses mains de travesti, semble à mi-visage entre Claude Pompidou et Marylin Monroe. Je l’imagine toute nue avec pour seul ornement, un rectangle noir posé sur son visage blanc comme un loup déjanté.
Je la rêve en plein cauchemar. Honteuse et perdue, elle avance sur un tapis rouge qui la guide vers un palais en forme de bunker. Les flashs des photographes et les paillettes cannoises l’aveuglent. Les écrans et le monde cinéma, bûchers des vanités, la brûlent comme Jeanne d’Arc. Elle pense en tremblant à Maria Falconetti, à Ingrid Bergman, à Jean Seberg, à Milla Jovovich...
Elle murmure sans cesse : «Cannesland drive, Cannesland drive, Cannesland drive… ».
Un son sourd s’amplifie jusqu’au strident insupportable. Fait trembler son image jusqu’à la dissoudre. Elle pousse un hurlement.
Ouvre grand ses yeux. Elle est en sueur. Ses cheveux collent à ses tempes. Sa bouche asséchée comme le désert. Dans la pénombre, sa main glisse maladroitement sur le sol. Se plaque sur un paquet de cigarettes et un briquet. Elle en allume une.
Ce rêve, elle le fait de plus en plus souvent. Demain, elle s’envole pour Cannes et son putain de festival qui lui rendent hommage. Il y a trente ans, elle était une star. Ça fait combien de temps qu’elle n’a pas tourn ?...
Cette pensée s’évanouit dans son cerveau avant sa formulation définitive. Elle s’est rendormie. Sur le drap, la cigarette continue de se consumer. Un rond noir se dessine. Envoie de minuscules signaux incandescents. Un filet de fumée s’échappe…
Benoît Gautier
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