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  Entre les murs de Laurent Cantet

  Un conte de Noël de Arnaud Desplechin


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HASTA SIEMPRE COMMANDANTE par MpM

C’est fou comme ça change la vie de porter une longue robe orange. Rue d’Antibes, les gens s’écartent sur mon passage. Une dame glisse même rêveusement à son mari : "tu as vu, elle va monter les marches !". C’est vrai, ce soir, c’est le grand soir. Assister à la montée officielle de 19h (celle qui est télévisée) est un luxe à s’offrir au moins une fois par festival, et quelle meilleure occasion que la projection unique, expérimentale et terriblement attendue du Che de Steven Soderbergh !

L'ai-je bien monté ?

Dans la file d’attente au pied des marches, tout le monde est nerveux à la perspective de passer 4 h 28 dans la salle. "Ce n’est plus un film, c’est une expérience radicale", souligne un homme au smoking impeccable. Sur une estrade, des danseuses en verte et blanc exécutent des chorégraphies apparemment sud-américaines. Pas le temps de les regarder, l’ascension commence. Juste devant moi, les Ch'tis posent pour les photographes. Dany Boon, Kad Mérad, Line Renaud… ils sont tous là (enfin non il manque le Grand Galabru) ! Personne ne le sait, mais dans quelques instants ils repartiront par une sortie dérobée : comme beaucoup de stars, ils sont là pour se montrer, pas pour assister à la projection.

Je monte sous les flashes des photographes tandis que le commentateur annonce la présence de Mélanie Laurent, Estelle Lefébure ou encore Zoé Felix, qui redescend même quelques marches pour mieux remonter (sans doute ne l’avait-on pas assez remarquée la première fois). Tout va assez vite, à peine le temps d’une photo souvenir qu’il faut laisser place aux suivants, célèbres ou non. Dans la salle, j’hérite d’une place VIP, entre Bruno Dumont et Laure Adler. On patiente tous en regardant la fin de la montée des marches. Tiens, ce ne serait pas Vahina Giocante en jaune pâle ? Mais que fait Natalie Portman dans cette improbable robe rouge à volants ? Le défilé continue, avec notamment Kusturica, Maradona et Tyson. C’est drôle comme, après la mode des participants de télé-réalité et des mannequins, c’est cette année le tour des sportifs d’investir le tapis rouge… Enfin, voilà Soderbergh et son équipe. Le jury, lui, n’est pas monté. Une overdose de glamour et de protocole ? Il paraît que Sean Penn mange ses sandwichs en terrasse sur la Croisette...

Mi-parcours

Les deux premières heures passées, on a droit à un court entracte pendant lequel sont distribuées des bouteilles d’eau et des barres chocolatées que les festivaliers s’arrachent avec leur avidité coutumière. Pas sûr que le message d’amour du célèbre révolutionnaire argentin soit bien passé. Par contre, Che Guevara sponsorisé par la malbouffe, j’avoue qu’il fallait y penser… D’autant qu’une fois rassasié, un tiers des spectateurs a quitté la salle. C’est fou comme les nourritures terrestres ont plus de succès que les spirituelles !

After

Sortie de palais cocasse : les toilettes sont fermées. A la pause il était impossible d'y aller tant il y avait de monde. On se fait finalement happer par les photographes de la Croisette : me voici top model, devant le palmier, devant les marches, à côté de Vincy, de Lolo... Quelques heures plus tard, lors de la fête donnée en l’honneur du film, on se fait exactement la même réflexion en voyant les clubbers se jeter sur le champagne millésimé 98. Combien d’entre eux ont vu le film ? A moins qu’ils n’aient pris le temps de troquer leurs tenues de soirée contre des jeans, très peu. D’ailleurs qui sont ces gens ? On reconnaît Marjane Satrapi qui joue des coudes ou encore Tim Robbins, étonnamment grand. Tout le monde attend Steven et Benicio en se marchant joyeusement les uns sur les autres. Personne ne m’avait prévenu qu’il fallait une armure ! L’ambiance n’a pas grand-chose de cubain, ni même de sud-américain. Les références au film se bornent à quelques images ici et là. Pour le reste, cela tient surtout de la boîte de nuit traditionnelle. Heureusement, la villa offre une vue sublime. On regarde les vagues s’écraser sur les rochers, la lune se refléter à l’infini dans l’eau, les étoiles s’allumer timidement dans un ciel d’encre.

Indifférente à tant de beauté, la musique (pas du tout cubaine) continue de nous assourdir méthodiquement pendant que les pantins humains s’agitent vainement sur la piste. Pris d’un léger coup de fatigue, on se demande tout à coup qui a pu avoir l’idée d’une soirée aussi superficielle pour rendre hommage à un homme ayant donné sa vie pour défendre ses idéaux de justice, de liberté et d’égalité.



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