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Le violon (El violin)

Certain Regard
Mexique / sortie le 03.01.2007


LE CHANT DES PARTISANS
"Il n'y aura plus de musique"
L'introduction est brutale, inhumaine, presqu'insoutenable. Des hommes sont ligottés, battus, menacés par un militaire arrogant. La violence se déchaîne à l'état brut, glaciale. Le noir et blanc, loin d'être esthétisant, évoque la reconstitution nécessaire d'images d'archives qui n'existeraient pas. Un témoignage de fiction, mais un témoignage tout de même. Puis vient le titre du film, et avec lui la première interrogation : que peut bien venir faire la musique là-dedans ? Probablement pas adoucir les mœurs…
A une époque indéterminée (mais qui évoque sans conteste les luttes populaires latino-américaines dans la lignée de Zapata, du Chili ou de la Colombie), des paysans préparent une révolte armée. Ils sont impuissants, isolés, misérables, et pourtant déterminés. Le camion qui les transporte sur sa remorque les transforme en bétail humain, les grands propriétaires en font des enfants irresponsables, les soldats les traitent en vermine à exterminer. Quoique les revendications politiques ne soient jamais clairement exprimées (pour empêcher d'ancrer trop profondément le film dans un pays, une époque, une lutte particulière, sans doute), la dignité, plus que tout, est en jeu.
Mais si la révolution est une affaire de combattants, la dignité, elle, est l'affaire de tout le monde. Posément, élégamment, serait-on tenté d'écrire, Don Plutarco, vieux musicien décharné et manchot, y va de son petit air dans cette partition complexe. Armé de son seul violon et de sa bonne foi, il brave l'autorité, la bêtise et la cruauté en la personne d'un capitaine intransigeant mais mélomane. Hymne de résistance à l'oppression et opposition transparente de la barbarie des "ambitieux" à la sagesse des "hommes véritables" (pour reprendre la terminologie qu'utlise le grand-père quand il explique la situation à son petit fils), le face à face entre les deux hommes fait basculer le film du quasi-documentaire ultra-réaliste à la parabole. En temps de guerre, comment concilier entre eux tous ses idéaux ?
La mise en scène très raide de Francisco Vargas (économie de paroles et de mouvements, gestes lents, plans d'une précision chirurgicale…) habille l'intrigue d'un écrin glacé, presque dépassionné. Cette barrière dressée entre le spectateur et les personnages limite la portée individuelle du drame pour mieux en faire mesurer toute l'universalité. Le réalisateur ne permet aucun échappatoire, aucun appaisement des consciences et jusqu'à la dernière image (rappelant irrémédiablement l'horreur du début), il braque sur cette réalité collective un regard sans complaisance. Difficile de savoir s'il faut penser Le violon comme un message d'espoir ou comme le constat désespéré de la victoire des tyrans sur les justes. Le film est difficile, peu avenant et sans concession, mais en ne s'arrêtant ni aux apparences, ni à la facilité de la demi-teinte, il dénonce plus habilement que n'importe quelle charge politique des injustices que l'on devine perpétuelles.
MpM

 

 
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